Pas d’écran avant 3 ans : comment faire quand on est épuisé ?
mercredi 14 octobre 2026 · 5 min de lecture
Les écrans freinent le langage des tout-petits, on le sait. Mais pointer du doigt les parents épuisés ne résout rien. Christel Laché raconte l’histoire de Paul
Écrit par l’équipe emy

L’histoire de Paul, 3 ans, et ce qu’elle dit de notre société ultra-connectée
Auteur : Par Christel Laché, infirmière puéricultrice et formatrice petite enfance
Paul, 3 ans, parle très peu
Paul (le prénom a été modifié) a 3 ans et inquiète l’équipe de sa crèche. Il ne dit que quelques mots. Les professionnelles font appel à la référente santé et accueil inclusif. Elle vient l’observer, échange avec l’équipe et s’assure d’abord que Paul entend bien.
Des pistes sont proposées pour soutenir son langage :
• multiplier les jeux autour des livres, des imagiers et des comptines ;
• mettre des mots sur tout ce que Paul fait et vit au quotidien ;
• l’inviter à jouer avec les autres enfants, autour de jeux de loto ou de mémoire.
Deux mois plus tard, pas d’évolution. L’équipe décide de rencontrer les parents.
« La télé nous permet de souffler un peu »
Ce sont des parents attentionnés. Mais ils sont débordés et épuisés, comme beaucoup : deux enfants, le travail, les lessives, les devoirs du grand, les courses, la vaisselle qui s’accumule. Un peu gênés, ils expliquent que la télévision est souvent allumée à la maison. Elle leur permet de souffler. « Mais ce sont des programmes adaptés à son âge », précisent-ils.
Le problème ne vient pas de ces parents. Il vient d’un environnement où les écrans sont omniprésents.
Pas d’écran avant 3 ans : ce que disent les recommandations
Le carnet de santé de l’enfant est clair : pas d’écran avant 3 ans. Entre 3 et 6 ans, un usage occasionnel, éducatif et accompagné par un adulte.
À l’été 2025, la ministre de la Santé, Catherine Vautrin, a fait interdire par arrêté l’exposition des moins de 3 ans aux écrans dans les lieux d’accueil du jeune enfant. Elle souhaite aussi que cette règle devienne une norme à la maison, sans contrôle, grâce à des campagnes d’information auprès des familles.
Pour les professionnels de la petite enfance, ce texte confirme une pratique déjà bien ancrée. En vingt ans de carrière, je n’ai jamais vu d’écran dans une crèche : un écran ne change pas une couche, ne console pas un chagrin et ne soutient pas un apprentissage. Le vrai défi se situe donc à la maison.
Les écrans sont partout, et surtout vendus partout
Chaînes « spéciales bébés », applications « ludo-éducatives », tablettes en plastique fluo « dès 18 mois » avec des mascottes et des voix douces : on promet aux parents de rendre leur enfant plus éveillé, voire bilingue dès 2 ans. Difficile, dans ces conditions, de savoir ce qui est vraiment bon pour son enfant.
C’est un peu comme le trotteur, ou youpala. On sait qu’il n’aide pas le développement moteur de l’enfant, et pourtant il est toujours vendu en France, alors que le Canada en a interdit la vente dès 2004. Un produit en vente libre n’est donc pas forcément adapté aux tout-petits.
Pour Christel Laché, une prévention efficace doit agir à la racine : en encadrant mieux la commercialisation et la promotion des écrans destinés aux tout-petits, plutôt qu’en faisant reposer la responsabilité sur les seuls parents.
Les parents ne sont pas coupables
Oui, les écrans ont un effet néfaste sur le développement du langage, sur la qualité du lien parent-enfant et sur l’attention.
Mais les parents ne sont pas des criminels. Ce sont souvent des personnes à bout, à qui l’on vend des solutions faciles.
Pourquoi les culpabiliser d’utiliser ce qui existe et ce qu’on leur présente comme bon pour leur enfant ?
Plutôt que de juger, il s’agit d’accompagner.
Les professionnels de la petite enfance, présents au quotidien, patients et bienveillants, sont là pour aider les familles à trouver d’autres solutions, à leur rythme.
Réduire les écrans quand on est épuisé : des pistes concrètes
Il n’est jamais trop tard pour changer les habitudes, et chaque petit pas compte :
• Éteignez la télévision quand personne ne la regarde. Un écran allumé en fond sonore capte l’attention de l’enfant et réduit les échanges.
• Créez des moments sans écran : les repas, le bain, le coucher. Ce sont des temps privilégiés pour parler avec votre enfant.
• Remplacez plutôt que d’interdire : un livre, un imagier, une comptine, une boîte de jeux à portée de main pour les moments où vous avez besoin de souffler.
• Parlez-lui de ce que vous faites : « Je mets les pâtes dans l’eau, ça fait des bulles. » Ces mots du quotidien nourrissent son langage.
• Demandez de l’aide : à votre entourage, à la crèche, à un professionnel. Être épuisé n’est pas un échec.
Si votre enfant parle peu vers 2 ou 3 ans, parlez-en à votre médecin : un bilan auditif ou un avis d’orthophoniste peut être utile.
Questions fréquentes
À partir de quel âge un enfant peut-il regarder un écran ? Le carnet de santé recommande aucun écran avant 3 ans, puis un usage occasionnel, éducatif et accompagné entre 3 et 6 ans.
Les programmes « adaptés aux bébés » sont-ils moins nocifs ? Non. Avant 3 ans, l’enfant apprend surtout par les échanges avec les adultes et par le jeu. Aucun programme ne remplace ces interactions.
Les écrans sont-ils interdits en crèche ? Oui. Depuis l’arrêté de juillet 2025, l’exposition des moins de 3 ans aux écrans est interdite dans les lieux d’accueil du jeune enfant.
Être accompagné, sans jugement
Vous vous interrogez sur la place des écrans à la maison, ou sur le langage de votre enfant ? Christel Laché, infirmière puéricultrice et autrice de cet article, est disponible sur emy pour répondre à toutes vos questions, sans jugement, en visio, par messagerie ou en consultation.
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