Laisser pleurer bébé pour qu’il s’endorme seul : faut-il le faire ?
Publié le 23 octobre 2026 · 7 min de lecture
« Laisse-le pleurer, il va s’habituer. » Ce conseil, beaucoup de parents l’ont entendu. Mais que disent vraiment les connaissances actuelles ?
Écrit par l’équipe emy

Entre épuisement et culpabilité, beaucoup de parents se posent la question. Voici ce que l’on sait vraiment des pleurs du soir.
Une question qui divise… et qui culpabilise
Le soir, votre bébé pleure dès que vous quittez la chambre. Autour de vous, chacun a son avis : « il te fait un caprice », « il faut qu’il apprenne », « tu vas lui donner de mauvaises habitudes »…
Pourtant, les connaissances actuelles sur le développement du jeune enfant invitent à regarder les pleurs autrement. Avant de se demander s’il faut laisser pleurer bébé, une autre question se pose : pourquoi pleure-t-il ?
Comprendre pourquoi bébé pleure
Avant de savoir parler, un bébé n’a qu’un moyen de s’exprimer : pleurer. Ses pleurs ne sont jamais un caprice. Un tout-petit ne cherche pas à manipuler ses parents, il n’en a pas les capacités. Il signale un besoin. Au moment du coucher, les causes les plus fréquentes sont :
- la faim, surtout chez le nourrisson, qui a encore besoin de manger la nuit ;
- la fatigue, ou au contraire la sur-fatigue : un bébé qui a dépassé son moment de sommeil devient agité et a plus de mal à s’endormir ;
- le trop-plein de la journée : bruit, sollicitations, visites… Les pleurs du soir sont souvent une façon d’évacuer les tensions accumulées ;
- un inconfort : couche souillée, trop chaud ou trop froid, vêtement qui gêne
- une douleur : coliques, poussée dentaire, reflux, nez bouché ;
- le besoin de contact et de réassurance : pour un bébé, être porté et sentir la présence de son parent est un besoin aussi vital que manger ;
- l’angoisse de séparation, qui apparaît souvent vers 8 à 9 mois. Bébé comprend alors que vous existez quand vous n’êtes plus là, mais il ne sait pas encore que vous allez revenir. Le coucher devient une séparation difficile.
Prendre le temps d’observer son bébé permet peu à peu de distinguer ses pleurs : un pleur de faim ne ressemble pas à un pleur de douleur ou de fatigue. C’est aussi pour cela que la présence d’un adulte qui le connaît est précieuse.
Laisser pleurer bébé : quels inconvénients ?
Un stress que bébé ne peut pas apaiser seul
Quand un bébé pleure fort et longtemps, son organisme libère du cortisol, l’hormone du stress. Chez l’adulte, le cerveau sait réguler ce stress. Chez le tout-petit, les zones du cerveau qui permettent de calmer ses émotions sont encore immatures. Pour s’apaiser, il a besoin d’un adulte : une voix, des bras, une présence qui l’aident à faire redescendre la tension.
Une étude a même observé que des bébés qui avaient cessé de pleurer au coucher, après quelques jours de « laisser pleurer », gardaient un taux de cortisol élevé. Leur mère, elle, était rassurée par le silence et avait un taux de cortisol redevenu normal. Ces résultats restent discutés, mais ils rappellent un point essentiel : un bébé qui ne pleure plus n’est pas forcément un bébé apaisé. Il a parfois simplement compris que ses appels ne recevaient pas de réponse.
Un risque pour sa sécurité affective
Un bébé construit sa confiance à travers des milliers de petites expériences : « j’appelle, et quelqu’un vient ». C’est ce qu’on appelle l’attachement « sécure ». Cette sécurité intérieure lui permettra plus tard de s’éloigner, d’explorer et de s’endormir sereinement.
Laisser un bébé pleurer seul de façon répétée peut, à l’inverse, nourrir un sentiment d’insécurité. Le moment du coucher devient alors associé à l’inquiétude, et l’endormissement peut devenir encore plus difficile.
Répondre aux pleurs ne rend donc pas un enfant dépendant. C’est même l’inverse : plus il se sent en sécurité, plus il pourra gagner en autonomie.
Et la méthode 5-10-15 ?
Beaucoup de parents entendent parler de la « méthode 5-10-15 ». Elle consiste à laisser l’enfant pleurer seul quelques minutes, en revenant le rassurer à intervalles de plus en plus espacés.
Cette méthode est aujourd’hui très discutée. Certaines études menées à l’étranger ne lui attribuent pas d’effet néfaste durable, mais elles ne montrent pas non plus de bénéfice à long terme. Quelques années plus tard, les enfants dorment de la même façon, qu’on l’ait utilisée ou non. En France, de nombreux professionnels de la petite enfance, dont la psychologue Héloïse Junier, ne la recommandent pas. Ils privilégient des approches qui accompagnent l’enfant vers le sommeil plutôt que de le laisser seul face à sa détresse.
Que faire plutôt ?
S’endormir seul est un apprentissage progressif, qui se fait au rythme de chaque enfant. Plutôt que de le laisser pleurer, vous pouvez l’accompagner :
- un rituel du coucher stable (bain, histoire, chanson, câlin), toujours dans le même ordre, qui annonce le sommeil ;
- un coucher au bon moment, dès les premiers signes de fatigue : bâillements, yeux qui se frottent, regard dans le vague ;
- une présence qui rassure : une main posée sur lui, votre voix, ou vos bras s’il en a besoin ;
- une présence qui s’éloigne progressivement : près du lit, puis un peu plus loin les soirs suivants, puis vers la porte ;
- le doudou, qui aide l’enfant à faire le lien entre la présence de son parent et le moment où il se retrouve seul ;
- une chambre propice au sommeil : pénombre, calme, température entre 18 et 20 °C.
Parents épuisés : savoir passer le relais
Les nuits hachées pendant des semaines, voire des mois, sont épuisantes. C’est souvent quand la fatigue est à son comble que l’on se met à envisager de laisser pleurer son bébé. C’est humain, et il n’y a pas de honte à le reconnaître.
Répondre aux pleurs de son enfant ne veut pas dire tout porter seul. Savoir déléguer fait partie de la parentalité :
- alternez avec l’autre parent : l’un se lève certaines nuits, l’autre récupère. Les pleurs d’un bébé peuvent être apaisés par toute personne qui le rassure, pas seulement par sa mère ;
- acceptez l’aide de votre entourage : un grand-parent ou un proche peut garder bébé quelques heures pour que vous dormiez ;
- reposez-vous dès que possible, par exemple pendant les siestes de votre bébé, plutôt que de vous occuper de la maison ;
- parlez-en : votre médecin, votre sage-femme, la PMI ou un professionnel de la petite enfance peuvent vous accompagner.
Si vous sentez que vous êtes à bout et que les pleurs deviennent insupportables, posez votre bébé en sécurité dans son lit, sur le dos. Quittez la pièce quelques minutes pour souffler, ou passez le relais à un autre adulte. Ne secouez jamais un bébé, même quelques secondes : les lésions peuvent être très graves.
Quand consulter ?
Certaines situations demandent un avis médical sans attendre :
- des pleurs inhabituels, aigus ou inconsolables ;
- de la fièvre, des vomissements ou un refus de boire ;
- un bébé qui paraît anormalement mou, somnolent ou douloureux.
En dehors de ces situations, si les pleurs du soir durent, si vous ne comprenez pas ce qui les provoque ou si la fatigue devient trop lourde, un professionnel peut vous aider à y voir plus clair.
Vous vous posez des questions sur les pleurs ou le sommeil de votre enfant ?
Les experts d’emy peuvent vous accompagner : infirmières puéricultrices, éducatrices de jeunes enfants, psychologues… En visio, par écrit ou en présentiel, trouvez le professionnel qui vous aidera à comprendre votre enfant et à retrouver des nuits plus sereines.
Consultez un expert emy.
Références
- Commission des 1000 premiers jours, présidée par Boris Cyrulnik, Rapport de la commission des 1000 premiers jours, ministère des Solidarités et de la Santé, septembre 2020.
- Héloïse Junier, Le sommeil du jeune enfant. Pour les parents qui ne font pas leurs nuits, Dunod, 2025.
- Catherine Gueguen, Pour une enfance heureuse. Repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau, Robert Laffont, 2014.
- John Bowlby, Attachement et perte, PUF (1re édition française : 1978).
- Middlemiss W. et al., « Asynchrony of mother–infant hypothalamic–pituitary–adrenal axis activity following extinction of infant crying responses induced during the transition to sleep », Early Human Development, 2012.
- Price A.M.H. et al., « Five-year follow-up of harms and benefits of behavioral infant sleep intervention », Pediatrics, 2012.
- Haute Autorité de santé, Syndrome du bébé secoué, recommandations, 2017.


